Roland Garros 2014, Nelson Monfort : “C’est peut-être l’année de Djokovic” (Exclu)

Pour sa 25ème année en tant que journaliste à Roland Garros, Nelson Monfort revient pour Score n’co sur ses souvenirs du tournoi parisien. Entre anecdotes savoureuses et interviews les plus marquantes, l’homme de terrain le plus célèbre de France Télévisions donne également ses pronostics pour l’édition 2014 des Internationaux de France. Le tout avec la sympathie naturelle qui le caractérise si bien à l’écran.

Nelson, comment se prépare-t-on pour un tournoi aussi important que Roland Garros ? Est-ce toujours la même mécanique de travail ou y a t-il un changement dans votre mode de fonctionnement ?

Nelson Monfort : J’entame cette 25 ème année avec toujours autant de passion et d’enthousiasme. C’est déjà différent d’un autre tournoi, car à France Télévisions c’est le seul que nous diffusons. Souvent les gens que je croise dans la rue me disent : c’est formidable de vous voir sur tous les tournois de tennis alors qu’en réalité, ils ne me voient que sur un seul dans l’année tout comme mes confrères (Lionel Chamoulaud, François Brabant ..). C’est donc très important que nous soyons bons. Et si on arrive à faire penser aux gens qu’on est sur Wimbledon, cela veut dire que nos retransmissions les marquent positivement. C’est en tout cas ce que je souhaite.

Comment expliquer que Roland Garros soit le tournoi le plus suivi au monde ? Combien y avait-il de journalistes présents à vos débuts comparé à 2014 ?

Il y a 1500 journalistes sur l’édition 2014 contre 300 lors de mon premier Roland Garros. Le tournoi est suivi par 3 milliards de téléspectateurs dans le monde avec une soixantaine de pays qui le diffusent en direct. Cette audience s’explique tout simplement par le fait que le tournoi parisien est encore diffusé sur des chaînes hertziennes (contrat signé avec France Télévisions et Eurosport jusqu’en 2018 pour 17,5 millions d’euros malgré la concurrence de beIN Sports qui proposait 60 millions ), ce qui n’est pas le cas de Wimbledon, qui est pourtant considéré par les joueurs comme le plus prestigieux du Grand Chelem.

Au cours des centaines d’interviews que vous avez réalisé, avez-vous noté des évolutions dans le comportement des joueurs et joueuses de tennis ? Sont-ils de bons ou de mauvais communicants ?

Il est tout à fait clair que c’est plus cadré, plus contrôlé et entouré qu’à l’époque où j’ai démarré. Il n’y avait pas encore tous les agents, tous les gens qui regardent leurs montres toute la journée pour dire 2 minutes, dernière question, etc. Il m’est même arrivé plus d’une fois, qu’on me dise dernière question avant même que je ne pose la première (rires). C’est donc moins spontané dans la communication des joueurs.

Des joueurs comme Novak Djokovic ou Rafael Nadal sont-ils compliqués à aborder dans l’édition 2014 de Roland Garros ?

Oui, c’est compliqué. C’est la raison pour laquelle le fait que les joueurs me reconnaissent, j’espère de façon agréable, m’aident un peu. Je ne crois pas avoir essuyé tant de refus que ça, en tout cas cela ne s’est pas vu. Ce qu’il faut savoir également, c’est qu’il n y a aucune obligation, dans quelque sport que ce soit, de répondre aux journalistes, sauf en salle de presse. Il est clair que la complicité personnelle qui peut s’installer avec moi compte énormément.

Vous constatez donc que certains joueurs ou joueuses viennent vous parler plus facilement qu’à d’autres journalistes ?

Je le pense. La première raison, c’est peut être le fait qu’ils ont plus l’habitude de voir mon visage. La seconde, c’est qu’ils savent qu’ils vont être accueillis avec coeur et générosité, ce qui n’empêche pas de poser les bonnes questions. Il est donc évident que la bienveillance fait que le joueur va se sentir plus relâché. Je vais vous dire, je n’ai jamais eu d’obstacles avec les joueurs. Les seuls avec qui je peux en avoir parfois, c’est avec l’entourage.

“Jamais vu un bonheur aussi communicatif que celui de Mary Pierce”

Avez-vous une mauvaise expérience à me raconter lors d’une interview avec un joueur ? Tout le monde se souvient d’un Pete Sampras terminant en sanglots à la suite d’une question sur son coach décédé. Que s’était-il passé ?

C’était lors du Roland Garros 1996. Pete Sampras venait de perdre son entraîneur Tim Gullikson 1 ou 2 mois avant le tournoi. À la fin de son quart de finale qu’il remporte face à Jim Courier, Pete lève les yeux aux ciels comme si effectivement il lui rendait hommage. Je lui pose la question avec sollicitude de savoir si ce geste était pour son coach, comme des millions de gens je pense voulaient le savoir, et il a éclaté en sanglots. Il ne m’en a pas voulu un seul instant. Quelques fois on veut bien faire et c’est mal interprété. C’était le cas avec Sampras.

Quelle est justement l’interview qui vous a le plus marqué en terme d’émotion ?

La première et seule victoire de Mary Pierce à Roland Garros m’avait particulièrement ému en 2000. Mary était une joueuse assez controversée, qui ne plaisait pas à tout le monde. Je me souviens avoir été vers elle sur le court central après sa victoire en finale, elle avait mis la tête en arrière vers le ciel. Comme j’avais eu l’expérience Sampras, je ne lui ai pas demandé si elle avait un deuil récent, j’ai pensé que c’était un geste lié à sa croyance. Mais je ne crois pas avoir jamais vu un tel bonheur communicatif chez une personne. C’était absolument extraordinaire. J’ai d’ailleurs une photo de cette interview encore chez moi avec une dédicace de Mary que je garde précieusement.

Y a-t-il une édition qui ressort du lot dans votre esprit ?

En 1999, le Roland Garros avec la victoire d’Agassi chez les hommes et celle de Steffi Graff chez les femmes. Cette édition n’est pas anodine car elle leur a permis de nouer leur relation qui dure encore aujourd’hui il me semble. Leurs deux finales (Agassi face à Medvedev, Graff face à Hingis) ont offert des renversements de situation improbables. Elle a profondément marqué les gens moi y compris.

Quel est le plus beau match auquel vous ayez assisté à Roland Garros ?

Je pense à la demi-finale de l’année dernière entre Rafael Nadal et Novak Djokovic (victoire du Majorquin en 5 sets, 9 jeux à 7 dans la dernière manche). Avec en mémoire, le point capital remporté par Nadal quand Djokovic touche le filet lors du cinquième set. Il y a eu pas mal d’autres jolis matchs mais celui ci m’avait passionné.

“Chang, McEnroe et Nadal m’ont cité dans leurs livres”

Quels étaient vos joueurs favoris ?

J’ai toujours beaucoup apprécié l’Australien Patrick Rafter pour son extrême gentillesse. J’avais également beaucoup d’admiration envers Marat Safin, un garçon génial sur et dehors des courts. C’était toujours un vrai régal de l’interviewer.

Avez-vous noué au cours de votre carrière, des liens de complicité particuliers avec les meilleurs joueurs ?

Il y a trois joueurs qui ont eu la grande amabilité de me citer dans leurs livres : John McEnroe, Michael Chang et Rafael Nadal. Le casting est pas trop mal (rires). Dans les trois cas, ils écrivent le plaisir qu’ils ont eu et ont encore pour Rafa, de répondre à mes questions. Cela fait énormément plaisir.

Et avec le clan français ?

Je peux dire qu’avec le clan Gaël Monfils, on s’aime bien. On a encore partagé de jolis moments ensemble depuis le début de ce Roland Garros. Également Richard Gasquet. Je ne dédaignerai pas boire un verre avec eux après leurs matchs.

Et chez les féminines ?

Les circonstances ont fait que j’ai moins de liens de complicité avec les joueuses. Cela reste très professionnel, amical, serein. Si il y en avait une avec qui le courant passe très bien, en particulier grâce à son coach Patrick Mouratoglou un garçon très agréable, ce serait Serena Williams. C’est avec elle que je me sens le plus en affinité.

Pour terminer, quels sont vos pronostics pour l’édition 2014 ?

Chez les femmes, il me semble impossible de voir Serena Williams échouer. Je la vois même ne pas perdre un set du tournoi (interview réalisée avant l’élimination de la numéro 1 mondiale au second tour face à l’Espagnole Garbine Muguruza). Chez les hommes, je pense que cette année Novak Djokovic a de réelles chances de l’emporter. Il est tellement obsédé par ce tournoi, qui est le seul du Grand Chelem qui lui manque. Sur sa forme actuelle, il me paraît au dessus. S’il y a une finale Nadal-Djokovic, il faudra quand même aller chercher l’Espagnol surtout en 5 sets.

Donc pas de Federer ni de Français vainqueurs ?

Ce que je sais pour avoir discuté avec l’entourage de Roger Federer, c’est que la plus grande ambition du Suisse est de battre Rafael Nadal en finale de Roland Garros. En est-il capable maintenant ? Je ne pense pas. Chez les français, on peut toujours y croire. Mais cela me semble également trop compliqué. Mais il n’est pas interdit de rêver.