Rugby: Que deviens-tu Abdelatif Benazzi ?

Abdelatif Benazzi restera à jamais dans les livres du XV de France. Onzième “étranger” de l’histoire des Bleus, il est devenu capitaine de la sélection à la fin des années 90. Parfaite illustration de son temps, Abdel, l’enfant d’Oujda, né d’un père marocain et d’une mère algérienne, a depuis troqué la tunique de rugbyman pour un élégant «costume-cravate». Car à sa retraite il y a plus de 10 ans, celui qui a participé à 3 Coupes du Monde, était déjà bien dirigé vers sa nouvelle vie : « J’ai passé en 2003 un Master de management pour réfléchir à mon avenir. J’ai ensuite investi dans différentes entreprises ».

Diplômé de l’Essec, il a ainsi créé une société de conseil en management (Benazzi Concept Management) destinée aux entreprises. Il a même publié un livre « XV leçons pour manager votre équipe » en 2007 afin de mettre en application ses principes acquis : « On vit une telle adrénaline dans notre carrière de joueur qu’il est difficile de retomber sur terre quand on arrive à la retraite. J’ai su passer d’un univers à l’autre car j’ai été bien entouré. Et je me suis bien organisé pour ne pas me sentir mal dans ma peau ».

Car Benazzi a fait des choix liés à son futur professionnel au cours de son parcours de rugbyman. Opter pour les Saracens en Angleterre, comme dernier projet sportif, était une manière pour lui de se perfectionner en anglais : « C’était la meilleure solution pour bien parler anglais, langue essentielle dans notre monde. Se focaliser sur un projet vous permet de rester connecté à la vie et surtout de ne pas avoir peur de l’échec. »

Benazzi a certes un grand pied dans le monde des affaires, mais il n’oublie pas pour autant son pays d’origine, le Maroc. Depuis 2002, l’ancien deuxième ligne/troisième ligne centre préside l’Association « Noor » (Lumière en arabe), destinée à mener une action pour la jeunesse marocaine : « C’est le bol d’air de ma vie. En tant que sportif, on s’aperçoit qu’on est encore plus sensible au niveau de la société. En 10 ans, grâce à l’aide de nombreuses personnalités, nous avons construit ou rénové 8 écoles dans l’Est du Maroc, région dont je suis natif. Ces écoles permettent d’éclairer les destins d’enfants défavorisés et de leur faire bénéficier d’infrastructures pour avoir une vie décente et un espoir d’avenir.” Ces enfants s’adonnent même à la pratique du rugby par des petits cours d’initiation. Au plus grand plaisir de l’ex-rugbyman “Je ne suis pas là pour changer le monde , mais si je peux faire quelque chose pour les aider dans un projet efficace, je ne vais pas me priver”. 

Consultant pour Eurosport, le seul regret de Benazzi réside peut être dans le fait de ne pas avoir pu porter sa pierre à l’édifice au plan fédéral français. En 2007, il s’était proposé pour prendre la place de Jo Maso au poste de manager des Bleus sans suite “En France, on peut voir que le rugby reste très conservateur, il n’y a qu’un seul élu pas d’opposition. C’est dommage, cela ne ressemble pas à un esprit démocratique”. Il ne désespère toutefois pas d’avoir un rôle plus développé dans un club dans les prochaines années “Si j’ai la confiance d’un président et que le projet me plaît, je peux y réfléchir. Comme disait De Gaulle, on juge l’homme par ses actes. Je suis quelqu’un de nature optimiste, j’évite donc de me retrouver dans le panneau de la France qui va mal.”