Le rugby et le phénomène des délocalisations

Le rugby moderne se prête de plus en plus au jeu des délocalisations (événements festifs conduisant un club à recevoir en dehors de son stade). Les grands matchs du Stade Français en Top 14 (Clermont, Stade Toulousain) ont ainsi pris l’habitude de poser leurs quartiers au Stade de France depuis quelques années déjà. Même si la désignation du Camp Nou comme enceinte hôte de la finale du championnat de France la saison prochaine résulte de l’indisponibilité des plus gros stades français (réquisitionnés pour l’Euro 2016 de football), cette mode est en pleine expansion. Score n’co revient sur l’accentuation de ce phénomène dans le monde du ballon ovale.

En 1998, les premières délocalisations commencent à se produire dans le Top 14 après l’inauguration du Stade de France. Trois se déroulent entre 1998 et 2001 sous l’impulsion de Max Guazzini, président alors du Stade Français. Son but, que le rugby commence à se faire connaître au-delà de ses bastions traditionnels et de son milieu naturel. C’est lui qui va lancer cette mode dans le rugby. De plus en plus de clubs prennent alors le pas sur l’ancien patron du club parisien. Le Stade Toulousain, plus grande équipe française des années 2000, est également très friand de ce mode de fonctionnement. Les Rouge et Noir évoluent souvent au Stadium les jours de grandes affiches. Toulon après son retour dans l’élite, va aussi se déplacer au Stade Vélodrome plusieurs fois lors de rencontres face aux gros du championnat. Mourad Boudjellal, président du RCT, veut ainsi réunir le peuple toulonnais autour de son équipe et délaisser Mayol et sa capacité limitée (15 500 places). Car oui, le manque de grandes stades de rugby sur le territoire national explique également cette mode. L’enceinte la plus grande du Top 14 est celle du Stade Français avec la nouvelle configuration de Jean-Bouin et ses 20 000 places disponibles.

Surtout, ces délocalisations sont le résultat de stratégies commerciales. Les recettes engrangées lors de ces matchs (qui dit délocalisation dit plus grande affluence) permettent aux clubs concernés d’augmenter leurs bénéfices. Une donnée non négligeable quand on connaît les budgets serrés des formations du Top 14 (de 13 à 35 millions d’euros en moyenne), afin de garantir une pérennité financière. Elles peuvent être également le cadre de la présentation d’un nouveau maillot. Au départ strictement locales, les délocalisations vont alors commencer à s’éloigner. Ainsi, le Racing Métro est parti disputer des matchs au stade de la Beaujoire .. à Nantes en 2013.

Même si cela ne dépasse pas le football, qui déplace son Trophée des Champions sur tous les continents désormais (le dernier à Pékin), le rugby ne se freine plus aux limites de distance. Et-ce, au grand détriment des supporters impliqués, obligés de voyager à leurs propres frais pour assister aux rencontres de leurs équipes favorites. Toutes les compétitions sont ainsi concernées, que ce soit la Pro D2, Champions Cup (ancienne H Cup) ou le Challenge Européen.

En effet, si une délocalisation doit rester un moment à part dans une saison, leur multiplication pourrait tendre à les banaliser, avec pour risque majeur, une certaine lassitude chez les amoureux de ce sport, ce qui pourrait provoquer une rupture. Et ainsi faire perdre au rugby ses valeurs de proximité.