Le calvaire d’un arbitre de foot homosexuel en Turquie

Il s’appelle Halil Dincdag, il est Turc et sa grande passion c’est le football. Originaire de Trabzon au nord du pays, cet homme de 38 ans a passé près de 10 ans à arbitrer des matchs de foot sans que rien ne lui soit jamais reproché, allant même jusqu’à officier sur des rencontres de deuxième division.

Sauf que Halil Dincdag est gay et qu’en Turquie, l’homosexualité, même légale est difficile à assumer. En 2008, à l’entrée au service militaire, il en a fait l’amère expérience. Aujourd’hui, Halil Dincdag se souvient d’une armée coupable de « mauvais traitements, de viols » et autres atrocités ayant poussé certains homosexuels « au suicide ».

Réformé après trois mois pour « trouble psychosexuel » il apprendra plus tard que son contrat d’arbitre avec la Fédération de football turque (la TFF) ne sera pas reconduit. Interrogée par l’agence de presse allemande DPA, la fédération n’a pas souhaité en donner la raison. Elle semble pourtant évidente. Car très vite c’est l’escalade dans la vie de Halil Dincdag.

Alertée, la presse turque s’empare en effet du sujet. L’arbitre ira même sur un plateau de télévision annoncer publiquement son homosexualité pour mettre fin à toutes les rumeurs qui l’entoure. Les conséquences seront dramatiques : viré de son boulot de commentateur à la radio, il enverra plus de 150 demandes pour retrouver du travail. En vain…

Istanbul, un nouveau départ

Beaucoup de ses amis lui tourneront le dos, Halil Dincdag recevra également des menaces de mort. Dans son malheur, l’arbitre a au moins acquis une certitude : il a la bienveillance de sa famille. Jamais elle ne l’a laissé tomber et c’est en partie grâce à elle qu’il a trouvé le courage de quitter la région de Trabzon pour s’installer à la capitale Istanbul, une ville plus cosmopolite et tolérante. Il s’y est fait de nouveaux amis et a même regoûté au plaisir d’arbitrer à nouveau, dans une ligue non officielle.

Aujourd’hui libéré d’un poids, Halil Dincdag a fait de son combat celui de tous les homosexuels turcs. « Au début, c’était mon problème personnel, seulement le mien » insiste-t-il auprès de l’agence DPA. Mais depuis qu’il a ouvert la boîte de pandore, d’autres dans son cas, ont suivi son exemple. « C’est là que j’ai réalisé que je n’étais pas seul ». Lettres et courriels d’arbitres et d’athlètes dans la même situation que lui, lui sont parvenus en masse. Car pour eux, Halil Dincdag est devenu un symbole porteur d’espoir.